L'appel aux nevrosés

L’appel aux nevrosés
Névrosés, je vous salue !
Parce que vous voyez de la sensibilité dans l'insensibilité du monde,
Et de l'incertitude dans ses certitudes.
Parce que souvent vous sentez les autres aussi bien que vous-mêmes.
Parce que vous ressentez l'anxiété du monde tout comme sa prétention
Et son étroitesse sans fin.
Soyez salués
Pour la phobie de laver la saleté du monde de vos mains.
Pour votre peur d'être enfermés dans les limitations du monde
Et pour votre crainte de l'absurdité de l'existence.
Pour la délicatesse que vous avez de ne pas dire aux autres ce que vous voyez en eux.
Pour votre maladresse à négocier avec les choses pratiques
Et pour votre sens pratique à négocier avec des choses abstraites et inconnues.
Pour votre réalisme transcendantal et pour votre manque de réalisme quotidien.
Pour votre goût de l'exclusivité et pour la peur de perdre vos amis intimes.
Pour votre créativité et votre extase.
Pour votre mésadaptation à ce qui est et votre adaptation à ce qui devrait être.
Pour habiletés grandes mais inutilisées.
(...)
Pour le fait que vous vous laissez « traiter » au lieu de traiter les autres.
Pour votre pouvoir céleste sans cesse réprimé par la force brutale.
Pour ce qui est prescient, non-dit et infini en vous.
Pour la solitude et l'étrangeté de vos manières d'être.
Je vous salue !
# Posté le vendredi 26 juin 2009 12:41
Modifié le vendredi 26 juin 2009 12:51

La Psytrance

La Psytrance
Souvent critiqué par beaucoup, ce type de musique a en fait pour effet de programmer le cerveau à des vibrations très élevées. La raison pour laquelle il y un tel déchaînement pour essayer de faire en sorte que les jeunes ne l'écoutent pas et ne puissent pas faire de Rave Party est en fait bien plus qu'un simple problème de prévention contre la drogue.

D'abord, il faut dire que, contrairement à tous les autres types de musique, celui-ci unit tous ceux qui l'écoutent, tout en laissant chacun "être dans son trip" comme on dit. Donc celui qui l'écoute peut se trouver dans un contexte où il y a d'autres gens comme lui, mais en fait il expérimente un état de conscience altéré propre à lui-même.

En vérité, c'est de ça que certains ont peur et donc essayent d'empêcher cela par la répression et la désinformation quant à ce type de musique.

Le fait d'écouter cette musique développe l'AMOUR UNIVERSEL, ouvre les portes de l'univers intérieur et extérieur et finalement apporte les clefs de la réalisation personnelle.

L'écoute de cette musique Accélère L'ouverture du chakra du coeur (Bahkti Yoga), tout en ouvrant les chakras inférieurs (Karma Yoga) également. Ajna (Jnana Yoga) et le coronal (Raja Yoga) sont activés très puissamment également. Tout dépend du type de trance que l'on écoute.

Le choix de la musique "trance" doit être un choix intuitif personnel.

Les conditions extérieures d'écoute peuvent varier, mais contrairement à l'"ambient", la trance demande une implication active dans le travail d'écoute, car le trip vécu est comme une planche de surf sur laquel on se tient. Il faut rester sur la planche pour surfer la vague.

Plus on écoute de la trance, plus on équilibre la kundalini, donc l'ouverture progressive de tous les chakras en même temps. Beaucoup trouvent également que c'est une musique Réparatrice.
En effet, les douleurs et les souffrances se transforment en une légère mélancolie qui les élèvent haut dans d'autres dimensions pour les traduire en compréhension intérieure.

Mon expérience après de longues années d'écoute est que c'est une bénédiction pour le corps, le coeur, l'esprit et l'âme.
Certains sons plongent directement au coeur de l'âme et avec un peu de pratique on peut les suivre, je veux dire "surfer la vague du son" et s'introduire au centre de son propre être. C'est une expérience incroyable.

Les clefs de la réalisation ne se trouvent pas seulement dans des bouquins de bouddhisme, hindouisme ou autre. On peut les trouver partout et notamment dans la trance.
C'est à chacun d'expérimenter son SON. Celui qui le fera bouger, mais pas que bouger physiquement, fera plutôt bouger son coeur, son esprit, et fera vibrer son âme.

Qu'importe qu'il utilise une palette, de la poésie, ou le SON.
Chacun peut choisir le moyen qu'il désire pour se réaliser spirituellement.

Donc, il ne faut pas s'arrêter à des dogmes qui nous obligent à suivre tel ou tel chemin uniquement soi-disant religieux ou spirituel pour atteindre la conscience divine. Tout cela est moyen-âgeux.
Prenons NOTRE raccourci et choisissons le chemin qui nous convient. Que les ignorants continuent à croire qu'il leur faut des milliers de vie pour devenir divin, en passant par les mille tourments de l'esprit. Moi, je pense qu'il y a des chemins simples, les clefs et l'opportunité sont ici à notre porte, celui qui sait reconnaître son opportunité de réalisation comprendra.
S'il suit son opportunité, d'office ce qu'il fera sera totalement en harmonie avec l'esprit collectif. Si c'est le contraire et qu'il essaie de suivre l'opportunité de quelqu'un d'autre, il créera une friction dans l'espace-temps et se retrouvera en désaccord avec la place qu'il devrait avoir à un moment donné dans le plan de l'énergie universelle.

Le but est d'amener chacun à sentir SA propre place dans l'univers.

L'écoute de la trance est un outil incroyable, car il crée un état d'intense amour et de béatitude personnelle.
Le rayonnement de cet état est comme une boule de billard qui répercute les atomes qui l'entourent dans tous les sens.
Celui qui l'écoute SE retrouve face à lui même, dans SON propre "NON ESPACE-TEMPS". Ce qui a pour effet d'atténuer toute souffrance au maximum et de lui permettre de Transparaître l'AMOUR.
Ainsi il commence à "se" méditer, donc à se réaliser. Les sons ouvrent des tunnels directs ou indirects, petits ou grands qui connectent son esprit à son centre et accélèrent la conscience de son opportunité de vie.

La vie est une opportunité, qu'il faut regarder avec le plus grand amour. Avoir envie de la vivre suivant SA propre opportunité demande de la clairvoyance intérieure.
Cette clairvoyance se développe également petit à petit à l'écoute de certaines "harmoniques de sons équilibrés".
Une fois la clarté éveillée, il suffit de suivre le SON, et il nous guide sur NOTRE opportunité de vie.

Le tout est de toujours rester stable sur sa planche (donc éveillé intérieurement) et de choisir SES chemins.

L'humain devient alors comme une molécule qui parcourt d'infinis couloirs à travers les espaces et les temps. Pendant tous ces espaces-temps elle se chargera et se déchargera de substance, un peu comme une abeille.
Puis une fois terminé (SHIVA), elle recommencera (BRAHMA) et l'équilibre universel sera toujours maintenu (VISHNU).

Donc, comme vous voyez, la trance peut nous emmener très loin et très près, à nous de la discerner, ou plutôt de nous discerner
.
# Posté le lundi 22 juin 2009 16:47
Modifié le vendredi 26 juin 2009 12:58

Big LOL

Big LOL

Heureux l'étudiant qui, comme la rivière,
arrive à suivre son cours, sans sortir de son lit.
# Posté le mardi 16 juin 2009 23:08
Modifié le vendredi 26 juin 2009 13:02

...

...

"On tue un homme : on est un assassin. On en tue des millions : on est un conquérant. On les tue tous : on est un Dieu."
# Posté le samedi 13 juin 2009 03:26

Elle est pour toi cette chanson ,Hajar...

Elle est pour toi cette chanson ,Hajar...
Dans l air humide de cette piece oisive,te souviens-tu...
des baisers aveugles des faces meurtri d amour...
des soupirs heureux,des choeur ruisselants de salive...
des orgasmes vertigineux,des nuits sans fin
des aurores doré,dechirants et silencieux
des instants frolant le neant,les chagrins ebloui de folie

te souviens-tu...des brumes ou nous etions evanoui...


http://rghost.ru/293271
# Posté le samedi 13 juin 2009 03:04
Modifié le samedi 13 juin 2009 03:29

Un mot de maître Hollywood

Un mot de maître Hollywood
" J'adore les cacahuetes. Tu bois une biere et tu en as marre du gout. Alors tu manges des cacahuetes. Les cacahuetes c'est doux et salé, fort et tendre,comme une femme. Manger des cacahuetes, it's a really strong feeling. Et apres tu as de nouveau envie de boire de la bière. Les cacahuetes c'est le mouvement perpétuel à la portée de l'homme ".

Jean-Claude Van Damme
# Posté le mercredi 13 mai 2009 20:29
Modifié le jeudi 14 mai 2009 01:27

Respirer avec le ventre

Respirer avec le ventre
Sur la Voie, une pratique corporelle est juste et nécessaire Loin d'être une concession à notre humanité souffrante, c'est la manifestation du respect, de la bienveillance et de l'amour que nous devons à ce précieux corps, le temple du Dieu vivant, le lieu magique de l'expérience et du mystère qui crée l'univers, ici même, exactement où nous sommes, maintenant.

Une pratique liée au ventre mérite un développement particulier, c'est l'aspect exercice de la pratique du Hara.

Voici l'éducatif ultrasimple que j'ai souvent propose à mes élèves, il en existe beaucoup d'autres mais celui-ci peut largement suffire à vous faire découvrir le geste juste. Vous pouvez le pratiquer debout ou assis. Placer votre pouce gauche sur votre nombril. Sous le nombril placer l'index, le majeur et l'annulaire droit. Lâcher le nombril et maintenant, pressez fortement le bas-ventre avec les doigts de la main gauche, juste sous ceux de la main droite. En opérant de cette façon, vos doigts sont correctement placés. Puis en maintenant la pression, sans intervenir dans le souffle, vous observez ce qui se passe. À chaque inspiration, la paroi abdominale repousse légèrement les doigts et à l'expiration la pression des doigts fait que le ventre rentre légèrement. Maintenant, il s'agit à l'expir de repousser fortement et brusquement les doigts. Cet exercice répété plusieurs fois et ensuite en en diminuant peu à peu l' intensité , permet de découvrir, de sentir le geste interne juste qui représente la pratique du Hara.

Il s'agit en fait comme le disait Taisen Deshimaru, « d'expirer en pressant sur les intestins ». A chaque inspir, nous accueillons dans le corps en même temps que l'air une précieuse énergie. Toutes les traditions lui ont donné un nom, c'est le prana des indiens ou le ki des japonais. A l'expir, le geste de Hara permet de placer cette énergie dans le bas ventre. Ce qui a d'ailleurs souvent pour effet au début de la pratique de générer une chaleur plus ou moins intense dans cette partie du corps, ce qui est normal. La pratique régulière de la détente de la musculature abdominale, associé a la pratique du Hara permet de développer un très réel point d'appui. Il s'agit en fait de développer ses racines physiques.

« Que serait un arbre sans ses racines ?
« Que serait une cathédrale sans ses fondations ? »

Il faut « mettre le poids à la base de la structure » sinon il ne peut pas y avoir de stabilité physique et sans stabilité physique pas de stabilité psychologique.

Tout méditant régulier sait bien à quel point cela est vrai. La pratique de Hara et (ou) du relâchement abdominal et intimement lié à l'accueil, à l'ouverture et à la vision juste. L'accueil est inséparable de la stabilité.

Bien sûr, l'accueil est fondamentalement l'expression de l'être et non une pseudo action du moi, mais il n'en reste pas moins qu'il est bon de donner sur la voie sa juste place au corps en général et au ventre en particulier. C'est un point d'appui considérable dont nous aurions grand tort de nous priver.
# Posté le samedi 09 mai 2009 05:43
Modifié le samedi 09 mai 2009 06:23

Les anarchistes mystiques

Les anarchistes mystiques

Connaissez-vous l'histoire de l'étonnant réseau pacifiste qui osa défier Staline ? Leurs racines étaient clairement libertaires. Mais, à la différence des autres anarchistes russes, ils avaient conclu de leurs expériences que la fin ne justifie pas les moyens, que la violence sociale ne mène à rien et que la véritable révolution est intérieure. Curieusement, c'est dans l'ancienne tradition chevaleresque qu'ils allèrent puiser leurs plus belles inspirations. L'un des rares survivants du réseau, le mathématicien Vassili Nalimov, qui réussit à survivre à dix-huit ans de goulag (et dont les éditions du Rocher ont publié la première traduction en français), témoigne en 1996, à l'âge de quatre-vingt-six ans (six mois avant sa mort), en compagnie de son épouse, la poétesse Janna Drogalina..



Le monde entier croit connaître, au moins vaguement, l'anarchisme russe - ces premiers fanatiques poseurs de bombe, ces illuminés dostoïevskiens qui rêvaient de faire sauter les tsars et y parvinrent quelquefois - et l'on pense aussitôt à Michaël Bakounine, qui affronta Karl Marx au sein de la 1ère Internationale, ou au prince naturaliste et explorateur Piotr Kropotkine... Les plus célèbres de ces anars sont traditionnellement associés à un athéïsme virulent et à une activité révolutionnaire éventuellement proche - du moins au début - des bolchéviques.
Images simplificatrices. En réalité, le mouvement anarchiste russe du début du XXe siècle était beaucoup plus varié que cela, s'étalant des communautés tolstoïennes (néo-chrétiennes et totalement non-violentes) au radicalisme ultra-guerrier des partisans de Makhno, en passant par les “amis de la nature et du soleil” qui manifestaient tout nus dans Moscou en portant sur des pancartes les mots “À bas la honte !” Certes, tous ces hommes et toutes ces femmes partageaient (théoriquement) l'idée de base de l'anarchie : l'homme détient, par sa nature même, une aspiration à la liberté qu'aucun but, même le plus grand ou le plus séduisant, ne saurait mériter que l'on y porte atteinte. Tous auraient normalement dû souscrire à la devise du prince Kropotkine : “Ma liberté est dans la joie et dans la liberté des autres !”
Dès 1920, ce même Kropotkine, affreusement déçu par les bolchéviques, se met à écrire ce qui sera sa dernière et certainement plus grande ½uvre, L'Éthique (qui ne sera publié en Russie qu'en 1991), où il réussit à pousser plus avant quelques idées déjà exposées dans L'Aide réciproque comme facteur de l'évolution, livre où il avait commencé à s'attaquer au réductionnisme darwinien. À la surprise de certains de ses amis anarchistes durs, L'Éthique allait se révéler d'inspiration essentiellement chrétienne. Ce faisant, le “prince au drapeau noir” ne faisait que rejoindre un courant très vaste, bien que fort mal connu : l'anarchisme mystique. Certains se demanderont peut-être comment de tels mots peuvent se trouver réunis. En fait, cet anarchisme avait assez naturellement évolué, passant d'un mouvement purement politique, de caractère juvénile et agressif, vers un refus progressif de tout exercice violent du pouvoir, pour déboucher sur un engagement social d'essence éthique et même, finalement, sur une voie philosophique explicitement spirituelle et mystique. Formidable défi au marxisme triomphant des bolchéviques et plus généralement à l'ensemble du positivisme scientifique de l'époque, mais aussi à l'orthodoxie chrétienne traditionnelle.
On peut légitimement parler de la création, à l'époque, en Russie, d'un mouvement holistique (pour user d'un vocabulaire de notre fin de siècle) basé sur l'idée qu'une liberté totale doit résolument embrasser toutes les manifestations de la culture humaine.

Naissance d'un mouvement

Le premier manifeste de l'anarchisme mystique fut publié en Russie en 1906. Il s'agissait d'une brochure d'un certain Georges Tchulkov, lui-même influencé par le philosophe Vladimir Soloviov et par l'écrivain Dostoïevski. Tchulkov écrivait par exemple : “La lutte contre le dogmatisme dans la religion, la philosophie, la morale et la politique, voilà le slogan de l'anarchisme mystique. Le combat pour l'idéal anarchique ne nous mène pas au chaos indifférent mais au monde transfiguré, à une condition : que par ce combat pour toutes les libérations, nous participions à l'expérience mystique, à travers l'art, l'amour religieux et les musiques. J'appelle musique non seulement l'art qui nous ouvre à l'harmonie des sons, mais toutes les créativités fondées sur les rythmes qui nous font découvrir le côté nouménal (spirituel) du monde.”
La publication de ce manifeste fit immédiatement scandale dans la société avant-gardiste russe. Tchulkov fut attaqué de tous côtés et eut du mal à résister à la pression. Avant sa mort, dans les années vingt, il écrivit une lettre où il disait regretter certains articles de ce manifeste, allant jusqu'à renier l'essence extrême de sa mystique.
Mais le mouvement exprimé par Tchulkov le dépassait largement. Celui qui fit réellement entrer l'anarchie mystique dans la pratique sociale et politique russe fut le professeur Apollon Andrevitch Kareline.
Juriste de formation, Kareline, né en 1863, participa au mouvement révolutionnaire russe alors qu'il était encore tout jeune. Arrêté à la suite de l'affaire de l'assassinat du tsar Alexandre II, il séjourna dans la forteresse de Petropavloskaïa de Saint-Petersbourg. À sa libération, il dut s'exiler en Sibérie par deux fois. Après la révolution de 1905, il immigra en France, où il organisa une série de conférences et publia plusieurs articles. C'est alors qu'il fut initié dans la confrérie des Templiers dont il reçut la mission de créer une branche orientale (nous verrons le sens de cette étrange liaison). Kareline revint en Russie au moment de la révolution de février 1917, avec enthousiame. Vers la fin des années vingt, le dilemme devint malheureusement clair : soit continuer à participer à la construction d'une nouvelle société sur la base du bolchevisme, et dans ce cas une dictature de type matérialiste était inévitable, soit viser prioritairement l'élargissement de la conscience personnelle et le développement spirituel - dans ce cas, la rupture avec le nouveau régime était immédiat. Pratiquer et évoquer l'expérience spirituelle s'avérait en effet beaucoup plus dangereux que prévu, les bolchéviques utilisant le mot “mystique” comme une injure et toute l'atmosphère intellectuelle russe passant peu à peu sous la domination des sociologues rationnalistes vulgaires.
Membres éminents de l'intelligentsia russe ouverte aux idées les plus modernistes, les anarchistes mystiques avaient pourtant considéré la révolution comme un événement naturel et inévitable, une révolte légitime contre la violence multiséculaire régissant toute la société slave. Mais ils estimaient que la révolution n'aurait guère de sens si elle ne changeait pas la nature profonde de l'homme, son fond spirituel. Dans une démarche quelque peu comparable à celle des francs-maçons préparant la Révolution française, bien que de façon sans doute plus romantique, ces intellectuels avaient nourri d'immenses espoirs pendant plusieurs décennies. Tout s'écroula en peu d'années. La “dictature du prolétariat” révéla bientôt son vrai visage grimaçant. Le mouvement vers la liberté conduisit au chaos sanglant que l'on sait.
Comme la plupart des anarchistes russes, Apollon Kareline avait espéré que le coup d'État d'octobre 1917 serait le début d'une grande révolution sociale. Si l'historien américain Paul Avrich a pu écrire que Kareline devint alors l'“anarchiste officiel des Soviétiques”, c'est que, pendant quelque temps, il dirigea un petit groupe d'“observateurs” au sein du Soviet Suprême de l'Union Soviétique. Le but de ce groupe était l'humanisation du pouvoir d'État, le combat contre la peine de mort et contre la terreur en général.
Probablement à cause de l'existence de ce groupe, les communistes tolérèrent les anarchistes mystiques un peu plus longtemps que les anarchistes politiques. Pourtant, dès 1920, toutes les illusions de Kareline s'étaient envolées. En pleine montée de la “Terreur Rouge”, alors que socialistes et anarchistes commençaient à remplir à nouveau les prisons de l'empire, il écrivit avec courage un article contre la peine de mort, où il osa proclamer que la révolution avait été “anéantie” par les Bolcheviques, et que son propre humanisme était nourri d'idéaux chrétiens.
Pour lui, il s'agissait de fonder sur l'éthique chrétienne une nouvelle forme d'organisation de la cité, de dépasser l'intolérance entre religions et de s'ouvrir aux sciences pour rendre à chacun la possibilité d'une perception personnelle du monde.

Les nouvelles catacombes

Kareline disait souvent à ses élèves : “En exil, j'ai vu l'ignorance terrible des peuples et j'ai compris que les immenses forces sombres qui soutiennent le pouvoir s'appuient sur cette ignorance.” Avec le développement vertigineux de la technique, le pouvoir étatique était devenu monstrueux. Le but concret de l'anarchisme mystique était clairement de préparer l'humain à la liberté et à la responsabilité d'une nouvelle culture non étatique. Pour cela, Kareline pensait que la question vraiment urgente était d'approfondir le christianisme, hors de toute institution religieuse, en revenant aux origines. Et de fait, les anarchistes mystiques allaient se trouver contraints de retrouver la clandestinité des catacombes. Pendant les années vingt, on les voit encore parfois en public. Ces enseignants, ces scientifiques, ces artistes constituent un réseau qui touche beaucoup de grandes villes de Russie. Leurs contacts avec toutes sortes de mouvements culturels et spirituels non confessionnels sont nombreux. S'ils font régulièrement des conférences, écrivent des articles, leur mode d'expression favori est le théâtre. Ils écrivent et jouent des pièces qui constituent des sortes de Mystères médiévaux, adaptés au monde moderne. À partir des années trente, tout le mouvement devenu hors la loi, les “Mystères” en question se dérouleront dans une totale clandestinité. Combien sont-ils ? On ne le saura sans doute jamais ; la peur (hélas fondée) d'être infiltrés par les agents du Guépéou puis du NKVD, ancêtres du KGB, les oblige en effet bientôt à utiliser plusieurs noms pour désigner leur mouvement et à brouiller les pistes de façon d'autant plus indéchiffrable pour nous aujourd'hui, que la plupart des membres actifs du réseau furent exécutés ou s'éteignirent dans les camps.
Que font-ils ? Leurs activités sont multiples mais viennent toutes se nourrir à ce rituel commun : le “Mystère”. Purement oral, tant par précaution vis-à-vis de la police que par tradition didactique, l'enseignement spirituel de ces anarchistes mystiques était prodigué lors de réunions qui se tenaient dans des appartements privés et ne comptaient jamais plus de dix personnes. Cet enseignement reposait essentiellement sur le récit de contes et de légendes.

Une certaine idée de la chevalerie

Kareline lui-même connaissait plus de cent légendes. Après sa mort, en 1926, on ne retrouva pas le moindre bout de manuscrit dans ses affaires personnelles.
Il s'agissait surtout de ne pas figer l'enseignement, mais de garder les esprits en mouvement créatif constant. “Pas de base écrite !
La pensée anarchiste doit rester libre et ne se laisser enchaîner par aucun dogme !” Qu'une de ces légendes tombe dans les mains de non-initiés ne présentait pas de grand “danger” (sauf à titre de preuve pour la police) - leur compréhension subtile n'étant de toute façon possible que dans l'atmosphère créée par la méditation... Les réunions se déroulaient en quatre temps :
les animateurs commençaient par raconter une ancienne légende généralement issue de la tradition gnostique.
puis venait une séance de méditation - dont le protocole, seul texte lu aux participants, était détruit immédiatement après lecture.
à la suite de quoi, chacun pouvait déclamer ses propres créations.
la réunion se terminait par une discussion libre.
L'essentiel tenait à ce que chacun était totalement libre d'interpréter les textes et légendes à sa façon et de les intégrer selon son bon vouloir, comme autant d'impulsions à son développement personnel. Les contes étaient considérés comme des métaphores de nouvelles conceptions du monde. La tâche créative de l'élève consistait à faire émerger de l'ancien texte sa propre nouvelle vision, de manière adaptée à la nouvelle situation - vieux principe gnostique, qui sous-tend toute la transmission orale dans l'ancien christianisme. Le fait que ces visions et ces légendes soient transmises oralement entretenait un dynamisme particulier. Le conteur pouvait par exemple métamorphoser le texte entier par sa simple intonation. L'attention la plus importante était accordée aux questions des participants.
Beaucoup de légendes se rapportaient au temps de la chevalerie - de celle du roi Arthur à toutes celles que les croisades ramenèrent de leur contact avec l'ésotérisme oriental. Kareline, disions-nous avait donc été initié au gnosticisme au sein d'un Ordre Templier durant son exil en France, quelques années avant la Première Guerre mondiale - à une époque où, pour la première fois, des femmes venaient d'être admises à l'intérieur de cette très ancienne confrérie. Vue depuis la France de 1996, pareille alliance entre anarchisme et tradition templière peut nous sembler étrange, pour ne pas dire franchement antinomique. Notre vision est déformée par de sombres dégénérescences, tant du côté templier que du côté anarchiste. Les vrais anars sont évidemment fidèles à l'idéal chevaleresque ! Afin de donner une idée du type d'engagement que son initiation avait impliqué chez lui, voici selon quels critères Kareline définissait une authentique appartenance à la chevalerie :
N'accepter aucun ajournement ni compromission de l'éthique chrétienne.
Développer une haute maîtrise de soi, physique et morale, ainsi qu'une conscience claire de sa propre dignité.
Savoir déployer une vision mystique du monde, pour être conscient de la nature spirituelle de toute manifestation de la réalité.
Attiser sa soif profonde de retrouver les origines de l'Univers.
Deux particularités du gnosticisme : il embrasse tous les héritages archétypiques de l'humanité sans limite dogmatique, se voulant le système philosophique le plus libre qui soit ; il est fondamentalement non-violent. Revenons un instant sur ce second aspect.

La force de la non-violence


René Guénon, le fameux chercheur soufi, fut parfois appelé “le Templier du XXe siècle” - lui aussi avait été initié au sein de cet ordre, dont il était un éminent représentant de la branche occidentale. Il se trouve que l'enseignement de Guénon justifie à plusieurs reprises l'usage de la violence. Pour les anarchistes russes, cela rendait cet enseignement inacceptable. Les représentants de la branche orientale considéraient en effet que le combat pour la liberté de l'individu ne pouvait en aucun cas justifier la moindre violence organisée. Étudiant le développement du bolchevisme en Russie, du fascisme en Italie, du nazisme en Allemagne, il leur était aisé de constater que, chaque fois, l'asservissement le plus avilissant était parti d'une savante justification de la violence “pour le bien de l'individu et de la société.” La violence représentait, pour les anarchistes mystiques, le danger de toutes les formes de pouvoir. Or, aucune révolution n'avait échappé à la tentation du pouvoir. Quant aux Templiers acceptant la violence, on sait qu'il s'en trouva jusque parmi les fondateurs du nazisme.
Après la mort de Kareline, son élève Alexi Solonovitch, mathématicien et philosophe, devint l'un des principaux animateurs des cercles anarchistes mystiques.
Contrairement à son maître, Solonovitch laissa quelques traces écrites - que son propre élève, Vassili Nalimov, a récemment retrouvées dans les archives du KGB. Parcourant des manuscrits intitulés Le Christ et le christianisme, ou L'Anarchisme mystique, ou encore Un Culte de deux millénaires derrière Michaël Bakounine, on découvre une problématique fort charpentée sur la non-violence, assez bien résumée dans la citation suivante :
“Le principe de non-violence est, pour l'essentiel, le principe de plus grande force, car une force gigantesque est nécessaire pour agir dans la non-violence. C'est pourquoi les anarchistes veulent la force mais pas le pouvoir, ni la violence.”
Solonovitch écrivait aussi : “Il faut savoir comprendre chaque homme en se mettant dans sa peau. Cette compréhension est une voie de co-expérience, de joie partagée et de compassion.” Ou : “La liberté est la seule forme acceptable dans laquelle on peut penser Dieu.” Ou encore : “Les plus grands idéaux éthiques se sont manifestés dans trois grandes religions à caractère universel : celle du Bouddha, celle de Krishna et celle du Christ. Il faut simplement nettoyer ces religions des interférences et parasites apportés par leurs fidèles, sincères ou non...”
Arrêté une troisième fois en 1930, Solonovitch mourut en prison, en 1937, à la suite d'une terrible grève de la faim. Après son arrestation, c'est sa femme Agnia, mathématicienne, qui le remplaça au sein du mouvement anarchiste. C'est elle qui initia Vassili Nalimov - l'homme qui nous rapporte cette étonnante saga. Agnia fut arrêtée à son tour en 1936 et fusillée un an plus tard, à la suite d'une parodie de procès qui dura, montre en main, deux minutes.
Dans l'Évangile apocryphe de Philippe, on trouve cette phrase : “Tant que sa racine est cachée, le mal est fort.” Les anarchistes mystiques voulaient mettre à nu cette racine, en démontant notamment la supercherie d'une dictature sanglante supposée servir le bien social et le monde. Ils le payèrent cher. Accusés de “terrorisme”, huit autres dirigeants anarchistes mystiques furent arrêtés en même temps qu'Agnia Solonovitch et jugés par une instance militaire de la Haute Cour d'URSS - inutile d'insister sur l'ineptie de l'accusation. On ignore combien de membres de leurs cercles furent arrêtés à la même époque. On sait seulement qu'un groupe important fut condamné au goulag ; parmi eux figurait Vassili Nalimov, qui eut la “chance” d'être réhabilité après dix-huit ans de camp de travail forcé. Soixante ans plus tard, il est celui qui cherche à nous passer le relais.

Le passeur de relais

Nalimov commença à fréquenter les cercles anarchistes mystiques à l'âge de dix-sept ans. Durant toute son enfance, il avait eu sous les yeux un modèle d'anarchisme profondément naturel : celui de son père, professeur d'anthropologie à l'Université de Moscou. L'anarchisme de ce dernier se manifestait dans le respect absolu de l'autre, caractéristique probablement liée à ses origines : il était fils d'un chaman d'une petite peuplade du Nord de la Russie, les Komi. Après un conflit personnel avec Staline, Vassili Nalimov père fut arrété, accusé d'activités contre-révolutionnaires et exécuté en 1939. Vassili Nalimov fils ne fut réhabilité lui-même qu'en 1957, après dix-huit ans de captivité. Pendant tout ce temps, il réussit à conserver intacte sa passion pour les mathématiques, à un niveau supérieur où elles pouvaient se métamorphoser en quête spirituelle. Malgré son isolement, il faut croire que le bagnard était doué : son “approche probabiliste de la conscience” intègre sans problème, non seulement toute la philosophie classique, de Socrate à Kant, mais propose des convergences fortes avec la théorie du chaos et celle des structures dissipatives - à cette importante différence près qu'il se situe toujours dans une perspective transcendentale. Laissons donc la conclusion à ce rare survivant d'une des plus grandes sagas spirituelles du siècle.
“En ces temps difficiles et compliqués, où beaucoup de gens ont l'impression que la philosophie s'est arrêtée, je m'efforce de créer un courant de pensée philosophique que nous pourrions appeler “ Vision du monde probabilistiquement orientée”. Cette tentative est très naturelle de nos jours, dans la mesure où le paradigme conceptuel contemporain a commencé à se détourner du déterminisme dur en direction d'une compréhension probabiliste du monde.
“Un trait particulier de mon approche est une aspiration à l'intégralité. Je cherche à fonder ma spéculation sur toute la diversité de la culture contemporaine, sans perdre de vue les grandes cultures du passé. Pour cela, je fais appel : d'une part à de nombreuses branches de la science (les mathématiques, la physique théorique, la linguistique, l'étude des religions comparées), d'autre part aux processus irrationnels profonds de notre conscience, dont l'expérience mystique, notamment la mienne propre. Ces idées fort diverses se diffractent à travers le prisme de la pensée philosophique, et ceci depuis Platon.
“Si l'on peut parler d'une “idée russe” réellement originale dans les temps modernes, ce n'est pas par le messianisme léniniste qu'il faut évoquer, mais l'anarchisme mystique, dont les représentants furent notamment : Razine et le père Abakan, Lermotov et Tolstoï, Kareline et Solonovitch, Sakarov et Nalimov, mon père. Je pense qu'aucune “réforme” ne peut sauver la Russie de la crise. L'esprit russe à besoin de vivre à l'air libre. Le communisme en cassant cette liberté a cassé l'homme lui-même. Que faire aujourd'hui ? Nous aimerions penser que le mouvement ½cuménique nous amènera vers une religion universelle permettant l'expression de toutes les théologies personnelles.
La pierre qui a fait trébucher le christianisme fut la tentation du pouvoir, puisque deux millénaires se sont écoulés dans la violence au nom du Christ - pourtant Jésus avait renié le pouvoir. Aujourd'hui, les techniques sont devenues de tels outils de violence qu'ils menacent de détruire l'humanité, la nature, la terre elle-même. La culture du XXIe siècle ne peut être qu'une culture de non-violence.”
# Posté le vendredi 08 mai 2009 12:27

La neuromarketting ou l'asservissement inconditionnel de l'Homme

La neuromarketting ou l'asservissement inconditionnel de l'Homme
Trois ans auparavant, à Atlanta, siège de Coca-Cola, l'institut Brighthouse, fondé par le publicitaire Joey Reiman, donnait naissance à un groupe d'expertise chargé de commercialiser pour le marketing les enseignements tirés des neurosciences. Son directeur scientifique, M. Clint Kilts, parvenait aux mêmes conclusions que son confrère de Houston, en localisant dans le cortex préfrontal la zone cérébrale réactive aux images publicitaires. Mais il observait que cette réaction est d'autant plus significative que le sujet s'identifie à l'image du produit, qu'il est tenté de dire « c'est exactement moi » (1). La fameuse région-clé du neuromarketing est en effet associée à l'image de soi et à la connaissance intime que l'on a de soi-même (ainsi, les patients dont le cortex préfrontal est endommagé à la suite d'un accident souffrent souvent de troubles de la personnalité). Comme l'explique Annette Schäfer, dans la revue Cerveau & Psycho, « voici donc le moteur du commerce. Ce cortex préfrontal nous fait aimer ce qu'aiment les autres. Arriver à le stimuler pourrait donc être un objectif majeur d'une parfaite campagne publicitaire (2) ». C'est aussi, pour les « neuromarketers », l'or blanc d'une alchimie parfaite : l'opération qui consiste à transformer tout amour de soi en tant que soi – le narcissisme – en amour de soi en tant qu'autre : une cible publicitaire.
Selon Olivier Oullier, chercheur en neurosciences à l'université Florida Atlantic, il existe à ce jour une centaine d'entreprises dans le monde qui utilisent les techniques du neuromarketing (3). Elles restent néanmoins très discrètes sur les expériences réalisées, par crainte de soulever une vague de réprobation dans l'opinion publique. En 2003, l'une d'elles, DaimlerChrysler, a confié au centre hospitalier d'Ulm, en Allemagne, le soin de scanner les cerveaux d'une douzaine d'hommes visionnant des images de voitures haut de gamme.
C'est alors l'importance du « noyau accumbens », zone liée au sentiment de récompense, qui est apparue. Il en est ressorti que l'objet de consommation peut être assimilé à un objet de désir à travers un véritable processus de personnification. « Quand ils regardaient les voitures, cela leur rappelait des visages, les phares ressemblaient un peu à des yeux », décrit Henrik Walter, psychiatre du centre hospitalier d'Ulm, à propos de ces « patients » d'un genre un peu particulier (4). Les publicitaires y ont vu la confirmation d'une intuition : il faut renforcer dans les spots la corrélation instinctive entre désir sexuel et pulsion d'achat. « Le consommateur doit pouvoir sentir la marque, s'y agripper comme un amant », affirme, sans rire, le président-directeur général de Saatchi & Saatchi, M. Kevin Roberts (5).
Faut-il prendre au sérieux de telles entreprises de validation scientifique de la publicité ? Le fait est qu'elles ont le mérite, aux yeux des professionnels, de cautionner davantage la diffusion de messages publicitaires sur les médias, à l'heure où Internet permet, clic après clic, de suivre à la trace le comportement du consommateur. Le neuromarketing naît ainsi de la rencontre entre des industriels soucieux de légitimer en interne leurs dépenses de communication, des agences de publicité désireuses de valoriser leur apport (l'agence BBDO de Düsseldorf travaille ainsi sur le concept de brainbranding, qui entreprend de déterminer comment certaines marques entrent dans la mémoire épisodique du cerveau) et des grands médias inquiets de la montée en puissance des nouveaux vecteurs de communication.
TF1 ne mène pas encore d'expériences de laboratoire à base de scanner. Mais le Syndicat national de la publicité télévisée, que préside Mme Claude Cohen, par ailleurs présidente de TF1 Publicité, s'intéresse depuis peu à ce qu'il nomme les « mécanismes mémoriels non conscients ». Via l'institut privé Impact Mémoire, qui s'ingénie à tirer parti des « techniques d'imagerie fonctionnelle cérébrale », il a mené une expérimentation auprès de cent vingt personnes sous prétexte de tester leur vivacité visuelle. Pendant que les cobayes s'employaient à détecter des petits carrés verts sur leurs écrans d'ordinateur, des publicités étaient diffusées de façon ininterrompue sur un poste placé en évidence. Parallèlement, la même expérience était réalisée avec des spots de radio et des affiches.
Fort logiquement, c'est le média associant le son et l'image qui obtint le meilleur score de mémorisation inconsciente des messages publicitaires. Un test qu'aurait pu réaliser La Palice et qui prêterait à sourire s'il n'était assorti d'un discours pseudoscientifique lourd de conséquences. En novembre 2003, au cours d'une « Semaine de la publicité », le cofondateur d'Impact Mémoire, M. Bruno Poyet, en a résumé le propos. Selon lui, « l'attention est nécessaire à une bonne rétention mnésique. Or une forte connotation émotionnelle accentue l'attention. Une importante charge émotionnelle génère la sécrétion de certaines substances par l'amygdale, lesquelles favorisent la mémorisation (6) ».
C'est ce contexte « émotionnel », propice à la publicité destinée à la ménagère de moins de 50 ans, que TF1 cherche à élaborer à travers ses programmes. En novembre 2003 encore, la chaîne faisait paraître dans la presse spécialisée une annonce vantant ses tunnels publicitaires où figurait un cerveau entouré d'une bande-vidéo accompagnée d'un commentaire éloquent : « Un écran placé au milieu d'un programme de TF1 obtient 23 % de mémorisation supplémentaire. » Le neurologue Bernard Croisile, également cofondateur d'Impact Mémoire, rappelle que, s'il « n'existe aucune étude permettant de prouver que le contenu d'une émission conditionne la réponse aux publicités qui vont suivre (...), ce que l'on peut dire c'est que lorsqu'on est dans une situation émotionnellement positive, on va mieux retenir les éléments positifs, de même que les dépressifs vont mieux assimiler les informations négatives (7) ». Il s'agit donc d'offrir au téléspectateur sa dose d'émotion plaisante, avant un spectacle de divertissement pur ou après un journal télévisé où l'emporte la charge émotionnelle de l'expérience vécue, plutôt que la trame « déprimante » d'un discours critique.
L'implication des neurosciences – ou de ses avatars – dans les industries de la publicité a ainsi de beaux jours devant elle. En mars 2007, le leader mondial de la publicité, Omnicom, a lancé en France l'agence de conseil en média PHD. Ce réseau, né au Royaume-Uni, s'appuie sur un logiciel de neuroplanning mis au point à partir d'études réalisées grâce à l'IRM par la société Neurosense. Il prétend indiquer aux marques les zones du cerveau à stimuler en fonction des objectifs de leurs campagnes et des médias utilisés. De son côté, Impact Mémoire est intervenu cette même année pour le compte de la régie publicitaire du groupe Lagardère afin de permettre aux annonceurs d'optimiser la mémorisation de leurs campagnes en fonction de la combinaison de plusieurs médias et de la répétition des messages.
La connaissance intime du cerveau du consommateur ne peut qu'inciter les entreprises, et leurs mandants publicitaires, à déborder des espaces qui leur sont habituellement dévolus pour communiquer. Les conditions de réceptivité d'une marque sont en effet jugées d'autant plus optimales que la « cible » n'a pas vraiment conscience d'être visée. C'est ce qui explique l'essor de l'advertainment, ce croisement hybride de publicité et de divertissement dont le match France-Argentine, au Stade de France, lors de la Coupe du monde de rugby, a donné un exemple récent. De jeunes mannequins en sous-vêtements se sont mises à danser dans les gradins sous l'½il attentif des caméras de TF1 : il s'agissait d'une « création » de l'agence de publicité Fred-Farid-Lambert, affiliée au groupe Bolloré, pour la marque Dim.
Dans la création audiovisuelle, le placement de produits au c½ur des contenus fait également florès, comme en témoigne l'apparition de contrats globaux liant producteurs, diffuseurs et annonceurs. En 2001, le lessivier Procter & Gamble a conclu un accord de 500 millions de dollars avec le groupe Viacom et sa chaîne CBS pour introduire ses produits dans les scénarios. Quatre ans plus tard, c'était au tour de Volkswagen d'investir 200 millions de dollars pour placer ses véhicules dans les films des studios Universal et de la chaîne du même groupe NBC. En 2005, la filiale française de la centrale d'achat d'espace Aegis a également créé Carat Sponsorship Entertainment afin d'intégrer la publicité dans les programmes et de la faire mieux accepter par le consommateur. Elle a été imitée en 2007 par la filiale Havas Entertainment.
Si le Conseil supérieur de l'audiovisuel est encore censé veiller à bannir toute publicité clandestine, la transposition dans la loi française de la directive européenne « Télévision sans frontières », annoncée pour 2008, promet d'autoriser définitivement le placement de produits sur le petit écran, comme aux Etats-Unis. La limite quotidienne de douze minutes de publicité sur une durée d'une heure devrait être par la même occasion assouplie, de façon à permettre la diffusion de davantage d'écrans publicitaires pendant les périodes de forte écoute. Parallèlement, des émissions fleurissent – comme « Question maison » (France 5) ou « Du côté de chez vous » (TF1) – qui ne doivent leur existence qu'à l'arrivée de la marque Leroy Merlin dans la production de contenus. Bien sûr, l'inconscient du téléspectateur n'est pas ouvertement revendiqué. Mais, derrière le téléspectateur, c'est encore et toujours le consommateur qui est visé. Pour stimuler des automatismes pavloviens de transformation collective ? Non, il ne s'agirait que d'une banale stimulation des ventes...
# Posté le mercredi 06 mai 2009 11:02

Le monde de facebook


Facebook est, en direct, une expérience tragique, belle et douloureuse. Sartre parlait de l'incommunicabilité des êtres. Et c'est bien ce qui se joue à chaque instant au fil des statuts et des posts: la volonté de formes vivantes de trouver un analogue, un double, une structure qui résonnerait, vibrerait selon la même fréquence. Mais aussi semblables que les artifices de la société tentent de nous rendre (le langage, la culture, les expériences partagées du divertissement ou des rites), nous restons tous radicalement différents les uns des autres: nous sommes, comme le disaient Bergson puis Deleuze, des gerbes de création en devenir et reconfiguration incessante, dont seul l'effet de surface est commun. Facebook met en jeu, en temps réel, cette gesticulation humaine: celle d'une série d'entités individuelles étrangères les unes aux autres cherchant leur impossible double.


Chacun de nous est une planète, un monstre baroque, composé de mille points d'expérience modulés en un assemblage unique et mouvant. Nous cherchons non pas notre moitié, mais notre double structurel, celui qui pourrait entrer en résonance avec les points de suture qui nous composent –nous sommes chacun un Frankenstein singulier poursuivant sa fiancée fantasmatique. Facebook exhibe plus que de raison notre vain effort pour trouver notre monstre frère, alors que les chances pour rencontrer quelqu'un qui soit structuré comme nous sont plus infimes que celles, pour une personne de rencontrer son sosie physique.


Certains ont compris cette solitude humaine radicale. Ils ne cherchent plus leur double composite, mais plutôt à transformer les autres structures, par influence. À rendre l'autre un peu plus proche de soi, en attaquant point par point son édifice. Admettons que chacun de nous soit composé de mille points de structure –de mille plateaux, diraient Deleuze et Guattari. Je poste telle vidéo qui m'anime et tente par là de planter une punaise dans la structure de l'autre, espérant qu'au final, à force d'exposer mon goût, j'aurais, à défaut de rencontrer mon monstre frère, transformé l'autre en un reflet de mon territoire. Là encore, c'est illusoire. La carte n'est jamais le territoire, on le sait depuis Alfred Korzybski et sa mise en garde contre la réification des symboles. Nous évoluons à chaque instant, notre structure se recompose sous des influences diverses et incessantes. Quand bien même pourrais-je, à un moment donné, avoir l'impression de coïncider avec quelqu'un en assez de points pour vibrer d'une passion commune, cette coïncidence amoureuse ne durera pas. Elle sera, le plus souvent, un effet d'attente.



Alors sommes-nous condamnés à être seuls et à chercher la fiancée de Frankenstein? Nous pouvons cesser de poursuivre notre double. Nous pouvons par exemple opter pour la démarche inverse et nous dire que nous avons tout à gagner à interagir avec des structures totalement différentes de la nôtre (je parle de micro-différences, pas de ces clichés sous lesquels on catalogue telle ou telle minorité factice). Ainsi, une manière amusante et peut-être moins morne d'user de Facebook serait de ne poster que des vidéos que l'on n'aime pas, ou d'écrire des statuts qui reflètent le contraire de ce que l'on ressent. Certains le font déjà, par dérision. Une autre idée? Utiliser Facebook non pas pour exprimer des goûts ou des envies, ni pour tenter de rencontrer son double monstrueux, encore moins comme un réseau d'influence ou de publicité, mais pour créer de nouvelles valeurs, de nouveaux concepts, de nouvelles manières de voir. Bref, en faire un laboratoire parmi d'autres, pour un nouveau kit humain de présence au monde, pour des agencements plus favorables aux échanges d'intensités.


Jouer d'une apparence qui se sait telle et ne cherche plus l'humain à l'intérieur, dans une âme qui ne sera jamais s½ur que par sa profusion disparate de possibilités, que par sa monstruosité difforme et imprévisible. Si l'humain est un écran et que Facebook est son message, soignons nos manifestations. Nos statuts d'aujourd'hui peuvent devenir nos statues de demain. À nous de choisir la matière première de nos rigidités à venir. Ou de construire un monde plus fluide, plus délicieusement monstrueux. C'est-à-dire plus réel. "La différence, c'est le monstre", écrivait Deleuze. Et ce beau monstre intérieur a toujours suscité en nous une passion d'abolition et de normativité que nous confondons trop souvent avec la civilisation, un pathos qui aujourd'hui a tendance à se rejouer sur Facebook, trop souvent reproducteur de normes standardisantes.


Si Nietzsche était sur Facebook, il préférerait qu'on l'ajoute comme ennemi. Moins pour être haï que pour être surpris.
# Posté le lundi 04 mai 2009 20:34
Modifié le mardi 19 mai 2009 01:48